I- Une histoire du Jazz.
A- Le Jazz, orphelin de l'Afrique.
Les historiens du Jazz commencent souvent par en décrire les origines: traite des esclaves sur le sol africain et traversée de l'Atlantique avant leur vente au Nouveau Monde. Les esclaves emportaient avec eux leur musique sur des "bateaux-négriers", où seuls survivaient les plus résistants: leurs instruments et chants. Comme l'affirme Dubois, "Les chants et les refrains d'alors n'avaient qu'un cri: la liberté!"
La déportation de milliers d'Africains dans les colonies du Nouveau Monde, de même que leur longue et terrible servitude n'avait pu que produire des effets de déculturation ou de "désafricanisation", qui ne laissèrent aux Noirs, devenus Américains par la force des fers et bête de somme par la loir du marché que l'horizon linguistique, religieux , esthétique et, en l'occurence, musical des Blancs. Bref, ils n'avaient pu qu'adopter la culture et la religion de leurs maîtres, en embrassant leur langue et en subissant leur fouet. Rien de ce qui rappelait l'Afrique ne pouvait donc rester ancré dans la mémoire collective des Africains, déportés et asservis; d'autant plus que tout lien ethnique, langagier et familier était systématiquement brisé, dès le débarquement dans leur nouvel espace. Randy Weston, pianiste, a affirmé en 1926: "les gens qui nous amenés en Amérique n'étaient pas très à l'aise avec notre musique, surtout avec les tambours. Ils svaient qu'avec ceux-ci, on pouvait communiquer. Pour éviter cette communication, ils les avaient strictement interdit." Aussi, les esclaves avaient-ils transposé les rythmes qu'ils ne pouvaient jouer au tambour, dans le piano, la trompette, le saxophone-dans des instruments européens.
Utilisant des instruments africains (mélodiques, rythmiques et instrumentaux), mais pratiquand également dans leur nouvel environnement un véritable brassage culturel, les descendants des esclaves africains ont repris toutes sortes de formes musicales, issues de cultures européennes (hymne religieux, fanfares, ballades, etc.) afin d'inventer des styles musicaux originaux.
Il existe ainsi des éléments communs aux musiques africaines et afri-américaines: filiation entre les voix des chants rituels africains et les cuivres des orchestres de Broadway, ou entre les percussions africaines et le banjo afro-américain. Ces éléments communs ont pu persister sur le sol américain, étant matérialisés soit dans des objets-les instruments-, soit dans des corps-ceux des esclaves déportés.
Les musiques de Jazz sont ainsi pensées dans leur tiraillement entre deux modes d'expression: l'un porteur de la mémoire collective des Afro-américain, "constituée de rage et d'imprécation, d'insultes et de coups"; l'autre étant destiné au diverstissement populaire et livré à l'appréciation d'une critique blanche et bourgeoise, prescriptive de normes et relevant d'une entreprise de "colonisation" culturelle. D'abord méprisées, censurées par l'Amérique blanche, les musiques noires furent parodiées, puis adaptées comme musiques de danse. Ce Jazz "colonisé" provoqua, cependant, des réactions sur la scène musicale, dont les boppers furent les précurseurs.
B- Evolution des styles.
Le Jazz est issu de plusieurs courants. A travers le folklore vocal, spiritual et blues et quelques souvenirs de percussions africaines, fut élaboré un certain nombre de thèmes qui appartiendront en propre à la musique afro-américaine. Ce folklore surgit simultanément à la fin du XIXe siècle, en plusieurs endroits du Sud des Etats-Unis. Si Kansas City, Memphis (Tennessee) et Saint-Louis (Missouri) peuvent être considérés comme des lieux de naissance du Jazz, il n'en demeure pas moins que c'est à La Nouvelle-Orléans, aux alentours de 1900, que naquit l'art instrumental du Jazz.
Cette ville, fort animée, avait connu une vie musicale importante. Les Noirs, enfermés dans un quartier réservé, s'amusèrent à recréer les airs qu'ils entendaient, s'assemblant en des orchestres d'instruments bricolés (banjos faits de boîtes à fromage) que l'on dénommait "Spasm Bands". A partir des brisures et des syncopes que les Noirs avaient apportées à ce répertoire, une nouvelle formule s'élabora, le "ragtime" (morceau de piano déhanché) qui fit fureur dans les bars de Storyville, le quartier réserve de La Nouvelle-Orléans.
Parallèlement aux Spasm Bands, existaient des fanfares noires, qui exécutaient des marches, des quadrilles ainsi que des morceaux composés par des pianistes de Stroyville. Ces ensembles se produisaient notamment pour des défilés, des enterrements, des réunions électorales, des bals de banlieue. Grâce à leur réputation, ils finirent par forcer les portes des "Saloons" et les dancings. C'est dans leur rang qu'il faudra chercher les premiers noms célèbres du Jazz: le trompettiste Buddy Bolden et les cornettistes Freddy Keppard et Bunk Jonhson.
De 1924 à 1930, naquit le style dit "Chicago", que l'on appelait aussi "Vieux Style". Celui-ci était une musique de jeunes Blancs, épris du style de La Nouvelle-Orléans et s'efforçant de le recréer. Les musiciens les plus emblématiques de ce courant sont le trompettiste et pianiste Bix Bierderbeck, le saxophoniste Frankie Trumbauer ou encore le guitariste Eddie Condone.
A l'aube des années trente, les clubs de Jazz connurent leur heure de gloire. Le Jazz et la danse ont permis à l'Amérique de s'amuser dans un climat de crise économique consécutive au crash boursier de 1929. Par ailleurs, le swing avait fait son apparition durant cette époque. L'orchestre du "roi du swing", Benny Goodman, toucha un vaste public au-delà des amateurs de Jazz. Or, en 1941, les Etats-Unis entrèrent dans la Seconde Guerre mondiale et de nombreux musiciens furent appelés sous les drapeaux et les taxes s'abattirent sur les spectacles, amorçant le déclin de ces orchestres.
IIl avait fallu attendre la fin de la Seconde guerre mondiale pour que l'on voie apparaître un nouveau style: le be-bop. En effet, des jeunes musiciens noirs s'émancipèrent dans des orchestres qui leur permettaient de survivre. Il s'agit, entre autres, de Charlie Parker (Saxophoniste) et Dizzy Gillepsie (Trompettiste) ou encore de Sarah Vaughan (chanteuse).
Les Jazzmen réinterprétèrent sur un plan musical le rythme des coups de matraque assénés par un policier Blanc sur la tête d'un Noir; "Bop! Bop!...Be Bop!". Les musiciens su Bebop entendaient imposer leur art. Ils y parvinrent: ainsi, les concerts de Dizzy Gillespie furent reçus, en Europe surtout, comme des événements culturels.
A la fin des années cinquante, le saxophoniste, Ornette Coleman, avait enregistré les disques "Something Else" et "Tomorrow is the Question", qui avaient donné naissance à une nouvelle révolution après celle du bebop: la "New Thing", qui correspondait à une prise de conscience politique des musiciens afro-américains.
Le Free-Jazz apparut aux Etats-Unis au début des années soixante, dans un contexte politique fort agité (guerre du Viêtnam) et à un moment où la contestation sociale grandissait au sein de la communauté noire. Le style "free-jazz" repose sur une relation entre le rythme et la mélodie. La section rythmique est incarnée par le batteur et la section mélodique par le saxophoniste. A partir de 1963, John Coltrane avait découvert les musiques indiennes (influence de Ravi Shankar) et africaines et pris le parti d'un langage "free" à langage mystique.
A partir des années quatre-vingt, les musiciens se sont affairés à métisser, à bricoler une musique originale, à partir de courants préexistants.
lundi 27 juillet 2009
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