lundi 27 juillet 2009

Rôle social des spectacles.

La place privilégiée que le spectacle occupe dans la mémoire collective laisse entendre qu'il ne s'agit pas seulement d'esthétique. A bien examiner sa position dans la vie sociale, le spectacle constitue une "maquette anthropologique" d'une étonnante richesse dont la complexité significative procède d'une contradiction apparente dont elle est tissée.

Les spectacles jouent un rôle majeur dans la communication politique, mettant en scène une société qui se joue son propre rôle. C'est ainsi que le théâtre n'est que l'un des pics engendrés dans les sociétés. "L'effet général du spectacle" (Rousseau), étant d'exciter les passions, il propose de la réalité une image illusoire propre à intéresser le spectateur.

Le spectacle naît et se reproduit toujours en relation avec le charme de l'enchantement, et être spectateur équivaut à "revêtir" un "habitus" connu et essayé par chacun.

Comment est-ce que le spectacle contibue-t-il à forger une sublimation de la représentation esthétique? Comment favorise-t-il la jonction entre conscience esthétique et conscience politique? Et dans quelle mesure tente-t-il de parer le spectateur d'un aspect social et de cristalliser la conscience collective?

  • La sublimation esthétique.

Force est de constater, de prime abord, que les mots affectent parfois le spectateur davantage que les choses qu'ils représentent. Un accent émouvant, un air passionné ou des gestes animés affectent le spectateur indépendamment de leurs motifs. Le véritable sens de la chose s'établit dans un rapport gustatuf. Il faudra donc mettre provisoirement entre parenthèses la science et la morale pour considérer seulement l'attache du récepteur aux formes et aux idées. Le goût satisfait tantôt la passion d'amour lorsqu'il s'agit du beau, tantôt celle d'étonnement lorsqu'il s'agit du sublime.

Le spectateur ou le "gustateur" est beaucoup plus attiré par la mise en scène du spectacle que par la thématique abordée. Il est sublimé par l'esthétique, car il axe son regard sur la représentation plutôt que sur le fait lui-même.

L'intérêt du concept de "sublimation esthétique" est de battre en brèche toute conception passive et purement réceptrice de l'oeuvre, en effaçant la ligne de démarcation trop stricte qu'on tend à établir entre créateur et récepteur. Le véritable travail de l'esthétique consiste dans une imprégnation de l'univers et de l'oeuvre. Grâce à la sublimation de la représentation, il y aura une refonte de la sociabilité, afin de cimenter le lien social. En effet, l'oeuvre artistique n'est pas un domaine séparé, réservé aux seuls artistes. Bien au contraire. Il vient solliciter le spectateur, l'éprouver, le métamorphoser, en lui imposant une ascèse rigoureuse et une grande dépense d'affects et de pensées.

  • Le "spectateur social"
Le spectacle construit une médiation politique, permettant au public de reconnaître une identité commune et d'ancrer chez le spectateur la conscience d'une identité collective.

Lorsqu'un spectateur assiste à un spectacle, il va de soi de que l'émerveillement et la stupeur peuvent même l'emporter, voire même le confirmer et le complèter dans le rôle d'acteur social. Il va se forger individuellement la conscience de l'identité collective, mais aussi son identité singulière en reconnaissant l'identité de l'autre.

L'effet du spectacle ne coïncide pas avec la consommation d'un produit, et encore moins ne peut-être réduit ou reconduit à la réception d'un message. Le spectateur partage avec le reste du public l'identité politique mise en scène sur l'écran ou sur la scène du spectacle. Lorsqu'un individu regarde une pièce de théâtre, qui le gymnase de l'art du spectacle, il pourra articuler se conscience esthétique mise en oeuvre par l'émoi suscité par le spectacle et sa conscience politique, faisant l'objet d'une reconnaissance socio-politique par le public entier.

Chaque oeuvre d'art est dédiée aux "faits héroïques de...", à "la figure et à l'oeuvre de...", au "mythe de...", à "l'histoire vraie de...". Le spectateur n'a pas d'autre choix que de rester en "relation" avec l'oeuvre d'art et défendre avec "art" un "savoir-faire" qui repose sur un "savoir regarder, écouter, imaginer".

En somme, on peut dire que les moyens techniques de communication opèrent un glissement vers une configuration dans laquelle le spectacle, la marchandis et le politique se complètent et s'interfèrent. Il s'en suit une société fondée sur la communion dans la communication, forme avancée du politique-spectacle.

Toutefois, la sublimation artistique peut engendrer des "effets pervers", pour reprendre une expression de Raymond Boudon. Au lieu d'apprécieur l'acteur, au lieu de goûter au charme d'une oeuvre d'art, le récepteur s'en éloigne et en fait fi. D'où l'émergence d'un effet inverse.

La société du spectacle et le spectacle de la société empêche le spectateur de s'échapper. Il est impensable de se détourner du panorama global des offres de spectacle. Il est aussi impensable de pouvoir, une fois intégré dans cette culture, suspendre le mécanisme de la mise en spectacle. Comme l'affirme Pierre Bourdieu: " (...) ce qui fait que l'art et la consommation artistique sont prédisposés à remplir, qu'on le veuille ou non, qu'on le sache ou non, une fonction sociale de légitimation des différences sociales.

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